Athéisme vs agnosticisme

Athéisme et agnosticisme.

 

L'agnosticisme, à la différence de l'athéisme qui nie toute réalité surnaturelle – ce qui est au-delà de la nature ne peut être analysé - et toute forme de divinité, y compris personnelle, se garde bien de trancher et de répondre à la question de Leibniz « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », en conséquence de quoi, il se réfugie dans la suspension du jugement.

L’athéisme pose le problème sémantique suivant : composé du a privatif et de thée qui vient théo, dieu, on est en droit de supposé qu'il fut forgé par des croyants puisqu'il indique que Dieu serait premier et que ne pas croire en Lui c'est ne pas Le reconnaître. Sauf à employer les termes rationalisme et matérialisme, un peu déshumanisés puisqu'ils évacuent les émotions, ou mécréant, qui renvoie à athée, nous l'accepterons, faute de mieux, comme un moindre mal.

 

Une brève histoire de l'Athéisme.

 

De Démocrite à Spinoza, matérialisme et doutes raisonnables .

 

Démocrite concevait un monde éternel, formé d'atomes qui se combinent au hasard, Épicure le rejoignit sur ce point avec la notion de clinamen – cette infime déviation engendrant un infime changement dans un monde si parfait qui, s'il n'intervenait pas, en assurerait la stérilité radicale - où l'on voit apparaître le couple hasard/nécessité. Épicure pratiqua un athéisme existentiel, rejetant la divinité et la crainte qu'elle engendre auprès des esprits faibles, allant jusqu'à nier l'existence même de l'âme. Homme du XVIIè siècle, Spinoza conçu un système, apparemment panthéiste - tout en flirtant avec un athéisme masqué, car le danger était grand alors de s'en prévaloir -, mais dont les thèses sur le bien et le mal et la négation du démon – qui nie le diable n'est pas loin de nier le dieu – montrent assez que ceux qui lui attribuent le fameux « Traité des des trois Imposteurs », l'ont lu pour tel.

En réalité, la plupart des penseurs athées passent par une démarche comparative et concluent que croire en Dieu est plutôt extravagant, car c'est croire en des choses incroyables : virginité de Marie malgré son accouchement, ainsi que son « immaculée conception », dialogue entre Moïse et Dieu sur la montagne, Coran dicté à un illettré par l'ange (?) Gabriel etc. Billevesées féeriques que tout cela.

 

Il existe des athées vertueux, ce que n'admettent pas les croyants !

 

Après une mise en jachère durant le Moyen-Âge, l'athéisme ressurgit plus combatif que jamais pendant la Renaissance et se fortifia plus encore avec Bayle, qui montra l'existence d'athées vertueux, ce que n'admettent pas les croyants. Sans oublier d'Holbach et l'abbé Meslier, auteur d'un traité matérialiste au parfum communisant, publié après sa mort. Laplace, quant à lui, élimina « l'hypothèse Dieu » et Nietzsche proclama sa mort dans le Gai Savoir.

 

Pour Wittgenstein, l'existence de Dieu n'a pas de sens puisqu'il est impossible de le définir.

 

Le combat athée s'est poursuivi notamment par les existentialistes pour qui l'absolu n’existe pas - « l'homme est condamné à être libre » (Jean-Paul Sartre) - et la philosophie analytique (Wittgenstein entre autres) qui pose que la question de l'existence de Dieu n'a pas de sens puisqu'il est impossible de le définir. C'est sans doute par là que s'engouffrent dorénavant l'agnosticisme trop heureux de ne pas se sentir seul dans ses questions théologiques et téléologiques.

 

Ce survol de l'histoire de l'athéisme nous amène à constater que l'athéisme rejette toute pensée magique, toute superstition infantile et n'accorde aucun crédit à quelque croyance religieuse que ce soit. En revanche, il fait confiance à la recherche scientifique, même si elle n'apporte pas toutes les réponses aux questions qu'il se pose, mais il sait, l'histoire le prouve, que nombre de choses inexpliquées aujourd'hui, trouveront demain un éclaircissement scientifique et rationnel. La Raison guide ses pas bien qu'il n'en fasse pas une pseudo-religion. La liberté de pensée est fondamentale pour lui qui perçoit le monde dans sa complexité et ses dans mutations incessantes, ce qui lui fait entrevoir ce relativisme tant détesté par le religieux rompu et drogué au miroitements de l'Absolu.

 

L'athéisme et le rationalisme, associés à la laïcité permettent la vie commune en paix.

 

L'athéisme et le rationalisme, associés à la laïcité permettent d'imaginer – et de mettre en place – une vie commune pour des gens qui ont des convictions et des croyances différentes, ce qui est impossible partout où dominent les religions, qui détiennent alors les moyens de coercition et le fameux monopole de la violence dite d'état. Nul besoin de regarder vers le passé pour s'en convaincre, les furies religieuses contemporaines y suffisent.

 

L'agnosticisme est un scepticisme pyrrhonien.

 

L'agnosticisme a du mal à s’extraire des marqueurs culturo/cultuels liés à la prégnance, plusieurs fois centenaire, de la propagande religieuse, aussi s'appuie-t-il sur le scepticisme pyrrhonien, qui affirme que « toute connaissance est impossible dans la mesure où nous ne pouvons jamais affirmer d'une chose que nous la connaissons véritablement et donc qu'il convient de s'abstenir de tout jugement ». Cette conclusion lui permet de justifier ses hésitations. Pourtant, implicitement, cela signifie que les pour ou contre l’existence de Dieu seraient de mêmes force et pertinence. Ce n'est évidemment pas le cas. Dieu est une création humaine que les peuples, les temps et les lieux adaptent à leurs phantasmes. L'hypothèse du Dieu créateur, par exemple, soulève des problèmes insolubles à propos du mal, de la vérité historique, de la morale, des pseudo-interventions directes, etc. Depuis Moïse, personne n'a parlé directement avec Lui et les dialogues avec les saints ou les anges introduisent un polythéisme de fait dont personne parmi les croyants ne peut justifier l'emploi en dehors du retour d'un certain animisme, au mieux, ou d'une certaine idolâtrie, au pire. Bref, dans l'impossibilité de prouver l'existence de Dieu, la seule conclusion logique est qu'il s'agit d'une chimère et qu'il n'existe pas. Du reste, croire est le résultat d'une expérience bien souvent héritée de l'appartenance au groupe, de l'éducation reçue enfant ou de la propagande dominante du moment, loin de toute analyse logique. Ceci est tellement vrai que les trois monothéismes identifient la foi à un don de Dieu ! Il donne à croire à qui il veut ! Lui, le dieu juste, aimant et tout et tout. Passons !

 

L'agnosticisme pourrait bien n'être qu'une confortable posture.

 

Cela dit, nous ne sommes pas sûrs que l'agnosticisme ne soit pas autre chose qu'une posture, somme toute confortable, mais qui ne délivre pas nécessairement celui qui s'en réclame des questions telles que celle posée par Leibniz : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ».