Symbolisme

Le symbolisme à quoi ça sert ?

 

Il n'est pas rare que les hommes et les femmes qui désirent entrer en maçonnerie, comme d'autres, moins bien disposés à son égard, posent la question suivante : « Ils disent qu'ils travaillent sur les symboles, mais qu'est-ce au juste ? Et qu'en tirent-ils vraiment ? ». Bref : « À quoi ça sert ? ».

 

Des raccourcis fulgurants.

 

L'étude et l'utilisation des symboles – et de toute la famille symbolique : fables, paraboles, emblèmes, signes, analogies, etc. - consiste à faire porter à un être, à un objet ou à une chose, en des raccourcis fulgurants, une abstraction ou une notion que chacun, à l'usage, accepte comme une sorte d'évidence. Mais pas seulement, car il faut aussi aller voir ce qui peut se cacher en outre sous le symbole. C'est l'objet de cet exercice qu'on appelle l'étude du symbolisme.

 

Un symbole n'est pas un théorème, il ne démontre pas, il montre.

 

Prenons quelques exemples : la balance évoque la Justice, la règle la droiture, le cercle une totalité possiblement en expansion et le carré un objet fini : bien carré quoi ! Mais pour autant, un symbole n'est pas un théorème, il ne démontre pas, il montre. Il est moins encore un postulat : on ne peut l'asséner ex abrupto parce que ses significations ne sont pas univoques. Il y a une part d'indécidabilité qui tient à l'approche personnelle de chacun, puisque la lecture d'un symbole peut aboutir à des vues fort différentes – par exemple, le svastika indien n'a rien à voir avec celui des nazis, pour des raisons évidentes, et pourtant, il évoque toujours la roue et le mouvement. En maçonnerie, les symboles sont donnés à tous, mais chacun s'en saisit souvent de façon plus ou moins personnelle dans l'exercice de sa sculpture de soi et l'harmonisation de ses relations avec les Sœurs, les Frères et le monde profane. Aller au-delà du représenté, aborder le signifiant pour découvrir le signifié comme le sous-jacent, et descendre toujours plus profond. Cette spéléologie là ne saurait relever d'aucune dogmatique, elle est donc la chair même de l'appropriation et de la recherche maçonnique, dont la condition sinequanone est de ne pas tomber dans la « symbolâtrie », ce défaut commun à ceux qui figent tout symbole dans une univocité réductrice qui en fait une sorte d'idole.

 

Quand le symbole cesse d'être partagé ou qu'il est nié, il redevient un objet trivial.

 

On constate donc une interférence entre une objectivité prosaïque, par exemple la balance, objet destiné à peser des choses concrètes et une subjectivité plus riche quand elle symbolise la Justice qui pèse, elle, les êtres en fonction de leurs actions par rapport aux règles et aux lois que se donne la société. Mais aussi en fonction de l'intime conviction du juge ou des jurés, ce qui confirme la part de subjectivité inhérente à l'action humaine. Cela conduit aussi au débat sur le juste et l'équitable et sur son propre sens de la justice : celle qu'on entend recevoir des autres et celle qu'on leur rend. Il y a pourtant loin de la balance/objet à la Justice/Institution, loin de l'empirisme matérialiste de la pesée des objets, au jugement rendu par et pour des hommes faillibles ; cependant chacun comprend le symbolisme dont elle est porteuse, parce qu'en réalité chacun l’agrée comme telle. Si je nie cette symbolique, trivialement la balance redevient... une balance.

Cet exemple, que chacun connaît, confirme qu'au-delà du signifiant, il y a un signifié, et que celui-ci finit par se confondre dans les esprits avec le référent, c'est à dire l'objet empiriquement désigné, désormais chargé symboliquement.

 

Le symbole est partie prenante de la Culture et de la Communication qui l'une comme l'autre sont affaire d'esprit

 

Ainsi l'Homme utilise-t-il les symboles pour communiquer, pour stocker des « savoirs » et traiter des intuitions, car il les considère comme des « êtres intermédiaires » qui s'articulent et s'interposent entre le sujet et son environnement, participant à l'un comme à l'autre en boucles récursives et expansives. Le symbole est partie prenante de la Culture et de la Communication qui l'une comme l'autre sont affaire d'esprit. La pratique symbolique en maçonnerie adogmatique débouche sur une spiritualité laïque et aide les Frères et les Sœurs dans l'exploration de la psychologie des profondeurs. C'est pourquoi Il faut préciser que la symbolique strictement maçonnique s'articule en partie sur la notion de secret et voudrait, mais y parvient-elle ?, que le symbole montrât exclusivement à ceux qui savent, tandis qu'il cacherait à ceux qui ignorent ; puisque le sens n'en serait partagé que par les adeptes dûment initiés « à ses mystères », comme disent les rituels. Le propos me semble quelque peu exagéré quand on sait, par exemple, que la sagesse chinoise fait de l'équerre et du compas le même usage que les francs-maçons. Mais enfin, les francs-maçons aiment à se sentir un peu à part.

 

Ne pas se perdre dans la pure métaphysique ni dans un amphigourisme irrationnel.

 

Toutefois, il n'est pas interdit, rejoignant en cela la pratique de CJ Jung, qui étudia la mythologie grecque pour mieux analyser et comprendre l'enfoui psychologique de ses patients, d'étudier les symboles avec un esprit d'ouverture, pour tenter de découvrir tout ce que les humains, qui les ont forgés, ont mis dedans, quitte à en rejeter ce qui semble relever de la métaphysique pure ou de l'amphigourisme irrationnel.

 

Les Francs-maçons et les Francs-maçonnes détiennent là, n'en doutons pas, une méthode exceptionnelle qu'ils peuvent avantageusement cultiver mais en se gardant de s'y perdre.

 

Orlando