Tentative de viol de conscience.

 

Non, je ne regrette rien. Et pourtant, que n'ai-je pas entendu, y compris de la part d'amis très chers et de proches qui le sont tout autant. Nous sommes 4.200.000 à avoir voté blanc ou nul malgré un pilonnage incessant d'injonctions péremptoires avec, nec plus ultra si l'en est,cellesde gens que j'admire, comme Catherine Kintzler ou Riss, qui nous ont accusé, dans des textes parfois remarquables, de confier à d'autres le barrage contre l'extrême droite, ce qui serait une lâcheté. Voilà qui fait de moi (de nous) un passager clandestin de la démocratie en quelque sorte et même une lâche profiteur, inconscient du danger. C'est ce que j'appelle une tentative de viol de conscience.

 

Je veux faire un sort à ces accusations.

 

D'abord, il ne fallait pas me pilonner comme ça, parfois avec des arguments à la limite de l'injure, voire carrément injurieux. Je suis, quant à moi, respectueux des opinions de ceux qui ne votent pas comme moi, je ne les rudoie pas ni ne les traite de noms d'oiseaux. Si je peux néanmoins regretter des choix qui ne me semblent pas les bons, je le fais sans passer par les accusations faciles. S'il y a des factieux et il y en a, il faudra les chercher dans le noyau dur de la PME familiale qui a nom Front National, mais sans doute pas chez tous les électeurs trompés, n'en doutons pas, par un discours de fermeture cocardière et de déni, portant des « solutions » inapplicables, voire mortifères, vrai danger pour la démocratie, pour le rang international de notre pays et plus généralement pour sa santé mentale.

En deuxième lieu, je précise que j'ai, comme d'autres, agi par stratégie. En effet, j'ai consulté, dimanche avant d'aller voter, des sites suisses et belges et me suis avisé que le barrage était solide, dès lors à quoi bon y ajouter ma pierre ? Chirac m'a fait le coup en 2002, qui c'est empressé de gouverner avec ses amis, exclusivement, ignorant une partie des 80% de Français venus à son secours. Je crains fort que Monsieur Macron en fasse autant, avec son programme thatchérien, soft en apparence, mais basé sur le fameux TINA. Un TINA certes mis au goût du temps, mais un TINA quand même.

Troisièmement, qu'on l'admette ou non, TINA (There is no alternative) est la négation absolue de la démocratie, car s'il n'y a pas d'alternative, alors à quoi bon voter ? On en est là. C'est ça ou les fachos, remake, en plus anxiogène, du célèbre « moi ou le chaos ». Pour qui me prend-on ? Pour qui nous prend-on ? Nous allons repartir en campagne pour les troisième et quatrième tours, car c'est là que la fameuse recomposition ce fera. Moi, je militerai pour la France Insoumise, contre TINA, contre le programme ultra-libéral du nouveau président et contre le brouet de compétence (et de compétiteurs) qui s'est agglutiné autour de lui : des solfériniens transgressifs aux recrues de droite ou de centre droit, en mal, qui de maroquin, qui d'Europe déifiée, qui de Réformes Médefo-compatibles. Le soulagement de la Kaiserin Merkel en dit long sur le sujet, comme d'ailleurs cet autre commentaire allemand, selon lequel « Il faudra être moins brutal avec la France à peine d'avoir Le Pen dans cinq ans et cette fois à l'Élysée ».

 

Pour toutes ces raisons, assuré que Le Pen ne serait pas élue, je ne pouvais pas mêler ma voix à cette bigarrure de bric et de broc. Je ne suis pas des affidés de Monsieur Macron ! Il devra composer et trouver des majorités d'idées ou il échouera. À snober le peuple et vouloir gouverner contre son gré ou, selon l’expression consacrée, faire son bonheur, y compris sans son consentement (il faut mesurer le mépris que charrie une telle idée), on finit par se retrouver gros-jean comme devant. Il se dit ce matin que le meilleur agent électoral du nouveau président fut Marine Le Pen, qu'il s'avise que, s'il échoue, la proposition sera renversée.

 

Le pire n'est jamais sûr, ce n'est pas une raison pour faire comme s'il n'était pas possible.

 

Orlando