L'inertie, voilà l'ennemi

L'inertie, voilà l'ennemi.

 

Pour le physicien, l'inertie est la propriété de la matière qui fait que les corps ne peuvent d'eux-mêmes modifier leur état de mouvement. La force d'inertie est la résistance que les corps opposent au mouvement et qui varie en fonction de leur masse. En d'autres termes, si un passager d'une voiture brutalement arrêtée, vole à travers le pare-brise, il le doit à l'inertie et à sa masse corporelle. Mais, pour importantes que soient ces définitions ce ne sont pas celles que je retiendrai pour ce billet

Le Petit Robert note aussi quelques synonymes : atonie, paralysie, inaction paresse, apathie, indolence, passivité... Sans oublier résistance, laquelle peut être passive ou active.

Tous ceux qui sont engagés dans leur entreprise, dans l'associatif, le social ou la politique ont pu mesurer l'inertie et la résistance qu'opposent le conservatisme, le manque de lucidité, les aveuglements à la réalité des choses ou la mauvaise volonté, aux projets innovants, au réformisme ou au changement de paradigme. Je veux en donner un exemple, volontairement provocateur dans lequel se déploient à la fois la force de l'inertie et la résistance active..

La crispation sur la loi travail, dite loi El Khomeri, sera cet exemple. L'affaire est au fond la remise en cause des privilèges institutionnels des syndicats. En fait, les partenaires sociaux classiques (syndicats, patronat, État) goûtent modérément qu'on s'attaque à leurs prérogatives, leur « fonds de commerce » en somme, qui est la négociation, bien étroite, bien balisée et bien classique du fameux triptyque, salaire/temps de travail/charges sociales, mais qui laisse quand même sans défense nombre de travailleurs pas assez ou pas encore visibles (7% seulement de salariés syndiqués!). Cette loi, on ne peut plus banale et dépourvue de génie, entend assouplir un tant soit peu l'emploi, en substituant (changement de paradigme) les négociations au niveau des entreprises aux négociations de branches. Dans cette affaire, on n'entend que les « institutionnels » et jamais les gens du « terrain », tenus en marge par le seul fait des routines contractées depuis des lustres et aveugles aux évolutions ultra-rapides de notre monde. Ce blocage marque un refus de voir la mutation de l'univers socio-économique, ce qui pourrait bien déboucher, à terme, sur une crise sociale majeure, aux issues difficilement prévisibles. Il ne faut pas pour autant dédouaner des syndicats patronaux matois et insincères qui prônent sans le dire le modèle de la précarité, de la baisse des charges et de la rigidité des niveaux salariaux pour mieux engraisser les actionnaires. C'est là la part de résistance active évoquée plus haut. Ce système pousse les classes inférieures dans les bras des extrémistes, tant est grande leur désespérance et leur perte de confiance..

Aucun enrochement ne résiste durablement aux furies de la mer et à ses marées. Il convient de s'en souvenir et de se montrer prospectif et intelligent.

Cet exemple que beaucoup trouveront iconoclaste, voire hérétique, montre sans détour que tout problème doit être pensé avec et dans des données actualisées, prenant en compte l'éternelle mutation de la vie dans tous ses aspects : sociaux, politiques, écologiques, intellectuels et moraux. Le préfixe méta décrit le monde, on le sait depuis Héraclite : «  Tu ne peux pas descendre deux fois dans les mêmes fleuves, car de nouvelles eaux coulent toujours sur toi. ». Les conservatismes et la « tradition » sont de puissants freins.

Alors pourquoi ce billet ? Pour ne rien cacher, c'est un appel aux associations, partis ou syndicats, à regarder leurs faiblesses et leurs atouts, sans complaisance, sans illusion non plus, et à se poser la question suivante : « Sommes-nous victimes de l'inertie ? Et si oui, que devons-nous faire ? ».

S'ils s'emparent, si nous nous emparons de ces problématiques un grand chambardement pourrait advenir et une reviviscence démocratique prendre force et vigueur.

Rêvons un peu.

Orlando