Les quatre piliers de la République

 

Les quatre piliers de la République.

 

Les libres penseurs, et je crois en être un, n'ont que faire des religions et des innombrables croyances, ils laissent à chacun le droit et le soin de croire ou de ne pas croire. Autre chose est l'action des cléricatures et des gourous religieux qui cherchent à influencer les « fidèles ». On le sait, les religions sont un MOYEN de la politique, car à terme elles visent à ajouter à la prise de pouvoir, le but réel et ultime de la démarche, la main mise sur les consciences. Entreprises de prise du pouvoir, les religions avancent plus ou moins masquées. Elles se présentent comme les porte-parole de la divinité et elles prétendent imposer ce qu'il convient de faire, eu égard aux lois divines. C'est à n'en pas douter un exploit extraordinaire, car interpréter les désirs de ce qui ne sera jamais qu'une hypothèse invérifiable relève non du miracle, mais bien de la prestidigitation.

 

La guerre de tous contre chacun.

 

Dressons un rapide constat. Le monde n'est que bruit et fureur, pourtant on avait cru à tort qu'avec la fin de la compétition entre le communisme stalinien et le capitalisme international, le monde connaîtrait enfin la paix, or il n'est fut rien et l'on voit se multiplier les polarités régionales plus ou moins ambitieuses, ce qui complique grandement l'analyse du monde. Pourtant quelques caractères peuvent être établis et exposés.

D'abord une exacerbation des égoïsmes locaux, portés par le retour des nationalismes radicaux voire brutaux, qui bien souvent s'appuient sur la religion, comme le montre un Poutine en Russie cajolant l'Église orthodoxe, ensuite un retour alarmant du religieux sous ses formes prosélytes et violentes, perpétuel vecteur de revendications exclusives, fermées et niant le reste du monde. La guerre de tous contre tous, religieuse et/ou économique, est une réalité que les innombrables pare-feux des traités internationaux peinent à modérer.

 

Tribu, religions et gangstérisme : l'alliance.

 

Les états issus de la décolonisation, sont souvent faibles, même quand ils sont aux mains de dictatures prédatrices, souvent bourreaux de leurs propres peuple, les démocratures, comme on dit. Cet état de fait entraîne la constitution de groupes repliés sur la tribu, la religion ou une forme de gangstérisme, quand ces trois attributs ne se mêlent pas pour donner des formes telles Boko Aram, Daesh et bien d'autres.

 

Après 1989 et la chute du Mur, on a pensé les conflagrations classiques impossibles, mais on a hérité les guerres dites asymétriques où la nuisance de quelques uns peut engendrer un degré de dévastation rarement atteint avec des moyens d'une grande économie quant au ratio moyens/résultats. Les tours jumelles du World Center de N-Y, ont été abattues par un commando de 19 hommes avec 4 avions piratés . Résultat : 3500 morts et une onde de choc nullement résorbée aujourd'hui. Qui dit mieux ? Et pour moins cher ?

 

Pour l'essentiel, ces groupes déploient des moyens parfaitement barbares, faits d'attentats aveugles, d'assassinats ciblés, de pressions inouïes sur des populations, martyrisées au quotidien, de pays ravagés. À la pointe des techniques modernes, ils maîtrisent une propagande hyper efficace en direction de populations soigneusement ciblées parce que fragiles et censément influençables.

 

La réussite des stratégies terroristes ne peut être niée.

 

Au vu des polémiques qui font rage, le moins que l'on puisse dire est que le terrorisme à ce jour a atteint les objectifs qu'il s'est fixés : introduire les ferments de la discorde et de la division, ceux de la dissolution et de la haine sociale. Retour en effet du racisme décomplexé, des solutions « yaka », des âneries les mieux argumentées, des analyse biaisées et au bout du compte, retour des pires populismes : ceux qui, prétendant sauver nos libertés, s'apprêtent à les châtrer.

 

Cela dit, je veux bien, en tant qu'humaniste et libre penseur, me pencher sur les causes du terrorisme et même travailler avec d'autres à les éradiquer pour œuvrer à en supprimer les effets. Comprendre, en dehors des a priori qu'on nous sert quotidiennement, me semble urgent pour trouver des solutions qui, à terme, feraient reculer, à défaut de l'éradiquer, le terrorisme aux mille visages.

Faire reculer le terrorisme et fuir toute naïveté coupable.

 

En attendant, humaniste, j'y insiste, j'entends préserver la société dans laquelle je vis de toute barbarie voulant la renverser et l'asservir. Faut-il le rappeler, notre République s'est dotée de quatre attributs qui sont ses quatre piliers : elle se proclame indivisible, laïque, démocratique et sociale.

« Article premier. La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances... »

Son indivisibilité va au-delà de l'aspect territorial, elle veut dire aussi qu'elle ne peut ni ne sera jamais une mosaïque de communautés ou d'ethnies pratiquant un développement séparé (l'apartheid) ; elle ne connaît et ne reconnaît en son sein que des citoyens, sujets de droit et dotés des libertés constitutionnelles, point important réaffirmé par la dimension laïque qui en somme la précise ; démocratique veut dire que le système politique qu'elle à choisi est la démocratie : le gouvernement par et pour le peuple. Je ne pense pas que les terroristes soient de fervents tenants de ce système. Sociale enfin, c'est à dire attentive aux problèmes de société pour les corriger dans un sens égalitaire. Là encore, l'observation du projet de la mouvance salafiste, dont se réclament les assassins à la kalachnikov, les écraseurs et autres imbéciles hallucinés, sont loin de montrer une quelconque sympathie pour un tel projet. Rappelons que quand ils se réclament d'une religion, ces gens énoncent sans détour que la loi divine primera toujours sur la loi des hommes et la conséquence en est qu'ils réfutent absolument la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Et pour cause, la Constitution ne proclame-t-elle pas dans son préambule : « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu'aux droits et devoirs définis dans la Charte de l'environnement de 2004. » ? Et n'y parle-t-on pas, Art.2 « ...(de) la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. (...) droits [qui] sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. »

Toutes ces raisons fondent mon opinion selon laquelle il ne faut pas verser dans la naïveté coupable. Des devoirs d'attention nous en avons certes envers nos proches et sans doute envers l'humanité entière, mais nous avons aussi le devoir de nous opposer et de résister à qui veut nous détruire, nous asservir ou nous endoctriner.

 

Les armes de la République.

 

Combattre donc pour protéger tous ceux et tout ce que nous aimons, en commençant par la République, mais avec quelles armes ?

Il semblerait qu'on puisse distinguer deux volets pour agir :

  1. Un volet défensif, décliné en deux moyens principaux. D'abord le combat philosophique et intellectuel, pour démonter les thèses barbares et montrer leur ineptie et leur caractère attentatoire à la liberté. Ensuite comprendre pour agir sur les causes et tenter de les supprimer ou de les amoindrir, comprendre pour en combattre efficacement les effets. Comprendre, cependant, n'est pas pardonner, ni tolérer béatement.

  2. Un volet offensif et pugnace, voire répressif, sans pour autant remettre en cause l'état de droit qui doit être absolument préservé, car c'est, ô paradoxe, la meilleure façon de le défendre, n'en déplaise à ceux qui rêvent de camps, de détentions préventives et de bien d'autres horreurs, pour l'heure anticonstitutionnelles, qui seraient une défaite de la pensée. C'est une tentation qui court les allées du pouvoir, gardons-nous-en.

 

Au final, j'assume un paradoxe apparent.

 

M'accusera-t-on de cultiver le paradoxe ? À ceux-là je réponds : Le paradoxal est le domaine de la raison ouverte et des logiques conjonctives, le domaine de la pensée complexe, c'est pourquoi je tente de conjuguer l'amour du bien public avec l'amour de la liberté de conscience et de la liberté tout court, ce qui m'amène fatalement à combattre la barbarie qui en est l'ennemie naturelle. Pour autant, je pense que réserver la liberté d'expression à ceux qui partagent nos idées est une hypocrisie, ce qui implique que le combat est d'abord et avant tout celui des idées : il faut convaincre, d'abord les égarés, les idéologues seront plus réfractaires, que le meurtre et la cruauté ne sont ni viables ni productifs sur la durée. Un libre penseur est certainement dans ce contexte, « comme l'oiseau sur la branche », il ne peut que se remettre en cause ou plutôt remettre en cause ses engagements, mais rappelons-le, tout libre penseur est l'ennemi juré de la tyrannie et il agit en conséquence.

 

Orlando