Les racines chrétiennes de l'Europe

 

Les racines chrétiennes de l'Europe,

une idée dangereuse.

 

Convertir, convertir et encore convertir, peuples, rois, puis continents.

 

Les forces réactionnaires ne désarment jamais, à preuve les tentatives, maintes fois renouvelées, pour inscrire dans le marbre d'une espérée Constitution européenne les « racines chrétiennes  de l'Occident », demande qui fait litière de l'héritage gréco-latin et ne peut qu'être combattue parce qu'exclusive, au sens premier du terme, de toute autre influence. Pour autant, nul ne songe à nier ce que le christianisme a laissé, tant du point de vue des idées que de celui de l'Art ou du mode de vie. Toutefois nul ne peut non plus contester le génie que le christianisme a mis, au fil de ses conquêtes, à recycler toute pensée, tout mythe ou toute légende en les pliant à ses vues. Même Aristote y fut soumis par d'habiles prosateurs et exégètes. Le christianisme, comme d'ailleurs la plus part des religions sotériologiques, a une âme de conquérant : il s'agit de convertir, convertir et encore convertir, peuples, rois, puis continents, et ce même par l'épée, le feu et le sang.

 

Tout commence avec Constantin et Théodose.

 

Tout commence vraiment sous le règne de Théodose Ier le Grand. Constantin, avant cet empereur, avait fait du christianisme une religion tolérée en mettant fin aux persécutions menées par ses prédécesseurs ; quant à Théodose, il céda tout et plus à l’Église. C'est ainsi qu'il autorisa les tribunaux ecclésiastiques créant par là une justice « bis », autonome par rapport à celle de l’État et ce qui devait arriver arriva : il advint qu'Ambroise, son conseiller et complice, se permit le luxe inouï de l'excommunier, lui, l'empereur, ce qui l'amena à résipiscence et à faire sa soumission . Pour la première fois l’État romain reconnaissait une puissance supérieure à la sienne. Plus d'obstacle désormais pour le christianisme qui s'engouffra dans la brèche et endossa la livrée politico-religieuse qu'on sait. On connaît ses exploits : pour faire court citons les croisades, l'Inquisition, les guerres de religion, le virulent conflit avec le Saint Empire germanique, les missions d'évangélisation, i.e. l'alliance du sabre et du goupillon etc. Longtemps l’Église a tenu en laisse rois et empereurs, dits très chrétiens, les jetant ici sur l'Andalousie et là sur les Turcs, et, geste incroyable et caricatural, partageant d'autorité le Nouveau Monde entre Espagnols et Portugais ! Le Pape excommuniait à tour de bras et si l'anglicanisme ne fut jamais qu'une guéguerre remportée par un insulaire, sur de lui et de son peuple, le gallicanisme ne fut jamais qu'un arrangement entre un monarque de « droit divin » et le représentant de dieu sur terre, dont il avait besoin, et qui avait bien souvent le dernier mot. En fait, ils avaient besoin l'un de l'autre et rien ne fut plus confus que le gallicanisme.

 

Et le citoyen succède au paroissien.

 

Puis vint le siècle des Lumières, héritier lui-même de la Renaissance qui avait redécouvert les Anciens que l'invention de Gutenberg rendait accessibles à un plus grand nombre de lettrés. Le 18ème sièclevit le nouveau né de la République, le citoyen remplacer le paroissien, s'épanouir et s'émanciper des modèles transcendants, religieux et métaphysiques et s'engager sur le chemin d'une réelle autonomie à la fois de pensée, de conscience et de comportement. À croire à cette affaire si humaine qu'est le droit au bonheur, inscrit dans les constitutions tant américaine que française, à énoncer qu'il ne peut être une récompense octroyée par quelque entité transcendantale, mais seulement le résultat d'une conduite adaptée aux circonstances, ici et maintenant, aux résultats du combat contre l’égoïsme et contre les inégalités de fortune et de statut. Dès lors les clercs cessèrent d'être les directeurs de pensée et les recours obligés vers lesquels se tournaient toute détresse, toute angoisse. L'Homme s'empara de sa vie et entra en politique, il rejeta les oripeaux du sujet et endossa l'habit du citoyen conscient de lui-même, débarrassé de la tyrannie d'un au-delà chimérique. Cet homme nouveau, malgré la réaction et des combats qui durent encore, peu à peu rejeta l'intrusion de ces soldats de dieu, accoutumés du contrôle tatillon des reins et des cœurs et percepteurs empressés de la « dîme », cet impôt scélérat sur les conscience embrumées que payait chacun, croyant ou non.

 

Entre Enfer et Paradis sera le plus grande salle d'attente

et on y rigolera pas beaucoup.

 

Les préceptes de la foi chrétienne sont incompatibles avec tout accomplissement de soi pour soi et par soi, mais ils promettent (c'est le pari de Pascal) le bonheur dans l'Autre monde -lequel? - à la fin des Temps - lesquels ?. A la suite des écrits vétérotestamentaires le christianisme s'appuie sur la honte et la culpabilité du péché originel d'où il découle que la vie terrestre (ici-bas, comme ils disent) est une vallée de larmes et la promesse d'un monde meilleur (le paradis !) renvoyée dans un au-delà hypothétique. Corollaire : plus on souffre, plus on s'approche du bonheur futur ; les mollassons et les jouisseurs, les fortes têtes et les raisonneurs, les hérétiques et les mécréants ont leur chambre (de torture) réservée en enfer. Mais les appelés seront peu nombreux et l’Église en bâtissant sa chimère de paradis à prévu que la plus grande pièce serait la salle d'attente et on y rigolera sans doute pas beaucoup.

Quelle imagination ! L'avantage des arrières mondes est qu'ils sont introuvables et qu'on peut les décrire à sa guise sans souci de vérité, d'objectivité ni de rationalité, l'essentiel étant que ce soit un lieu baigné de la lumière la plus... la plus... bon vous voyez ce que je veux dire. Pas question non plus de les critiquer à la différence des utopies auxquelles on peut toujours opposer une contre utopie. Allez donc opposer au paradis un contre paradis ! Et puis, on peut les meubler comme on veut, il y coule le miel et le nectar, cette boisson des dieux, tout y est harmonie, amour, délice et orgues. D'aucun y ont même installé moult vierges prêtes à toutes les galipettes propres à récompenser le valeureux guerrier, alors... En quel Temps ? En quel autre temps ?

 

Qu'est le temps pour les Temps ?

 

Encore une escroquerie. Pour qu'il y ait un autre temps, il faut que celui que nous vivons soit fini, i.e. qu'il ait un début et une fin, surtout une fin. Or l'univers est un système dans lequel l'humanité s'inscrit comme un moment, comme les dinosaures avant nous furent un moment de la longue histoire de notre Terre. On ne peut pas remonter au commencement, les mesures de Planck nous l'interdisent pour le moment, et notre fin est de toute façon programmée avec la fin du système solaire. À moins qu'elle n'intervienne bien avant dans la logique en œuvre sur cette planète qui est la disparition des espèces. Il se trouve que l'univers ne s'en porte ni mieux ni plus mal ; des étoiles finissent en trous noirs, des super novas explosent, le vent se lève et tombe la pluie, la terre se réchauffe... Qu'est le temps pour les Temps ? Quelle arrogance de croire qu'avec nous finira le monde, quelle lâcheté d'imaginer que nous ne pouvons mourir pour de bon, puisque sauvés ou damnés pour nous la vie serait éternelle.

 

Qui peut se réclamer raisonnablement d'un tel délire ?

 

L'insistance que mettent les réactionnaires et les intégristes de tout poli à identifier l'Europe comme terre d'héritage chrétien n'est que le combat politique de gens qui veulent diriger les peuples de ce continent avec e vieilles lubies surannées, mais si commodes pour asservir et contrôler. Foin de toutes ces sornettes.

 

Orlando