Réponses à Monsieur X

Naguère, alors que j'occupais des fonctions importantes dans une association de Libres Penseurs, un monsieur, dont je respecterai l'anonymat, me posa une série de questions tout à fait légitimes. Voici ce que j'ai répondu.

 

 

Cher Monsieur,

 

je vais tenter de répondre à votre attente.

 

D'abord la laïcité.

La laïcité est un dispositif propre à séparer l'état (et son gouvernement quel qu'il soit) de l'emprise du religieux. La laïcité n'est pas une philosophie en ce sens qu'aucune philosophie n'apporte de réponse définitive à aucune question. Il peut y avoir, par ex., une philosophie laïque à laquelle s'opposera une philosophie anti-laïque.

La laïcité est donc le dispositif le plus apte à tenir la balance égale vis à vis de TOUS les citoyens, quelle que soient leurs croyances et donc de n'en privilégier aucune. (Pourquoi privilégier le catholicisme plutôt que le dionysisme – celui-là je le pratique avec bonheur ! - ou le culte de la laitue frisée, ou de la carotte sex-toy ?). Pour dire les choses plus sérieusement, la foi ne fait pas la loi, l'état ne s'occupe pas de théologie. L'État chez lui, l’Église chez elle, comme l'ont dit Hugo et quelques autres depuis longtemps.

Ceci étant posé, il paraît dorénavant évident, pour qui souhaite vivre en paix dans une république apaisée, fraternelle – ce qui ne veut pas dire béate et « bizounours », l'honneur de toute démocratie reste la possibilité du débat et de la controverse – évident dis-je, que la laïcité est ce qu'on a inventé de mieux pour assurer la tranquillité des peuples. J'ai coutume d'écrire que la laïcité est une déclaration de paix. (Seuls ses ennemis ne veulent pas l'entendre ainsi!)

 

Sur les racines chrétiennes.

Nous devons autant, sinon plus, aux anciens Grecs (et même les arabes islamisés et conquérants, première manière, qui se sont donné la peine de nous transmettre la philosophie grecque et les mathématiques hindoues), qui sont les premiers à avoir véritablement introduit la science au sens moderne du mot : la science ne peut se construire qu'en dehors de la croyance ou de la métaphysique, si tel n'est pas le cas, il s'agit d'autre chose.

 

À ce stade, il faut rappeler une ou deux choses qu'on fait toujours mine d'oublier. D'abord, la secte créée par Jésus l'a été pour les Juifs, les seuls qui, par leurs croyances et traditions, croyaient en la possibilité d'un Messie qui viendrait, non pas les racheter, mais accomplir la promesse de leur dieu bougon, violent et jaloux, de leur donner le prééminence sur les Nations et les peuples, en tant que peuple élu appelé à régner sur toute chose.

On le sait, ils n'ont pas cru en Jésus et il a fallut un Paul de Tarse1 pour « étendre », tripoter aussi, la doctrine aux gentils (aux goys!) et donc l'universaliser. Tout cela c'est fait via la langue dominante de l'époque, le grec.2 Sans vouloir chipoter, la doctrine chrétienne qui finira par s'imposer, tout de même 300 ans après son invention, notamment grâce ou à cause de Constantin et surtout de Théodose 1er, doit beaucoup à la langue grecque.3

 

Je conteste donc les racines chrétiennes au sens « politique » qu'on nous sert ordinairement, car il s'agit plutôt d'une manipulation des Églises (de tous poils, bien sûr) pour faire un retour aux affaires là où on les en a évincées (la France par ex.) ou continuer de peser partout où les peuples n'ont pas encore pu s'en dépêtrer. Il s'agit donc bien de politique au sens trivial du terme. Les démocraties ont le devoir de se défendre (c'est de la légitime défense!) contre ces ambitions malsaines qui tentent d'obtenir pour leurs affidés (chrétiens, musulmans, bouddhistes, adorateurs de la laitue frisée...) des privilèges, des passe-droits, des lieux de culte (financés sur fonds publics) ou l'abrogation des lois laïques, telles que celles sur l'IVG, la FIV, le mariage pour tous et celle, à venir, sur la PMA. Etc.

Si donc l'argument n'est que politique (encore une fois trivialement politique) il n'est pas valable, pire, il s'oppose à l'égalité des citoyen en tentant d'introduire stricto sensu des privilèges pour « les croyants ». On mesure au passage ce que serait la foire d'empoigne pour cause de course au privilège qui s'ouvrirait alors si l'on prend conscience du nombre astronomique de croyances plus ou moins organisées ou susceptibles de s'organiser dans ce but.

Évacuons donc les racines chrétiennes comme argument définitif, il n'est qu'artificiellement surplombant. Nous l'avions fait en 2005, mais ces tristes sires de politiques nous l'ont remis sur la table via le traité de Lisbonne et le Congrès de Versailles où la gauche française pseudo-socialiste s'est déconsidérée, pour moi, de manière définitive.

Mais hélas, beaucoup de mal a été déjà fait, à commencer par le drapeau européen fruit d'une manipulation confondante dont voici l'essentiel, tiré d'un plaidoyer fait par moi pour m'opposer à son introduction en un lieu hautement républicain et laïque où l'on voulait l’accoupler à notre bannière nationale. Pour la petite histoire, j'ai eu gain de cause.

Genèse du drapeau européen.

Adopté le 25 octobre 1955 par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, il est devenu, à partir du 1er janvier 1986, le symbole de toutes les institutions européennes, dont les Communautés européennes, puis de la Communauté européenne, à laquelle a succédé l'Union européenne.

Ce projet fut porté par un certain Arsène HEITZ qui était le collaborateur de Paul M-G LEVY, un des directeurs (service de presse) au siège du Conseil de l'Europe et en charge du fameux drapeau.

HEITZ fut très clair dans ses déclarations : « J'ai subitement eu l'idée d'y mettre les 12 étoiles de la Vierge miraculeuse de la chapelle, rue du Bac à Paris, sur fond bleu, couleur de la Ste Vierge ».

Ailleurs il affirme une référence néotestamentaire : «  L'Apocalypse, ch.12, dit : « … un grand signe est apparu dans le ciel, une femme vêtue de soleil avec la lune sous ses pieds et sur la tête une couronne de 12 étoiles ». Et encore : « … et mon projet fut adopté à l'unanimité – par le Conseil de l'Europe – le 8 décembre 1955, jour de la fête de l'Immaculée Conception ».

 

Comme dirait mon petit fils : « Y a pas photo ! ». On nous a bel et bien refilé un symbole mariale en guise de symbole international. C'est contre ça qu'il faut continuer de se battre, et vivement !

 

Sur les repas de cochon (ou autres délires alimentaires). Je considère que chaque fois que cela est possible, il convient de pouvoir laisser le choix en offrant un solution alternative. La laïcité ne s'en portera pas plus mal. Cela dit, se rendre aux raisons de ceux qui ne consomment pas de cochons et ainsi en priver les autres est inadmissible. Si je peux offrir une alternative parce que je suis humain et bienveillant, ce ne sera jamais en privant ou brimant tous les autres. J'exige des musulmans (ou des juifs, ou des dionysiens ou, ou ... ) qu'ils soient aussi humains et bienveillants que moi et s'accommodent des solutions alternatives comme je m'en accommode moi-même. C'est aussi simple que cela.

 

Voilà, cher monsieur, ce que je peux vous répondre. Je ne suis pas sûr que cela vous soit suffisant, mais, à toutes fins utiles, je vous conseille la consultation du site ci-dessous qui fourmille de documents de grande valeur.

 

http://www.forces-laiques.eu/publications/

 

Cordialement

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Orlando

 

1Paul est à Jésus ce que Lénine est à Marx.

2Il convient de noter que déjà la fameuse bible appelée la Septante est en langue grecque car elle a été commandée par un pharaon grec, un Ptolémée, las des chicayas juives, et élaborée dans la ville des intellectuels de l'époque : Alexandrie.

3Il faut se rappeler que pendant très longtemps, le grec fut la langue des élites, y compris dans la Rome impériale, dont les premiers empereurs savaient tous le grec.