Militer pour la Libre Pensée

Pourquoi militer avec les Libres Penseurs de France ?

 

En 1905, les républicains, qui s'opposaient depuis des lustres à l'activisme de l'Église catholique, arrivaient enfin au but : la Séparation des églises et de l'État.

Cela avait été un rude combat contre une l'Église opposée, bec et ongles, aux Lumières qui portaient la critique des préjugés, la pratique de l'examen libre et la remise en cause radicale des thèses délirantes qui constituent son fonds de commerce. Les Lumières avaient légué en héritage la primauté accordée à la Raison (de ratio, mise en rapport) contre les lubies religieuses. L'horreur absolue pour le Vatican qui s'opposa véhémentement à ce bouleversement qui le privait de la soumission des « paroissiens ». La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, par le truchement de son art.10, première approche formelle de la liberté de conscience 1, avait tenté d’ouvrir une ère nouvelle, bien vite trahie par Bonaparte et son Concordat, véritable abandon de souveraineté face au Vatican. Le Concordat fut, selon le mot que le général Delmas glissa à l'oreille de Bonaparte : «[...] une belle capucinade. Il n'y manque qu'un million d'hommes qui ont été tués pour détruire ce que vous rétablissez. »2 Une belle capucinade en effet sur laquelle prospéra de nouveau une Église conquérante et de plus en plus encombrante pour les libres penseurs et plus généralement pour ceux que la religion laisse indifférents. Nonobstant, pour le Vatican, le mal était fait : le paroissien s'effaçait au profit du citoyen. Insupportable !

 

Protéger l’enseignement de l'emprise des congrégations.

 

Pour les républicains, il fallait surtout et d'urgence protéger l'enseignement de l'emprise des congrégations, une affaire de santé morale pour eux. Ce fut l'affaire, entre autres, de Waldeck-Rousseau et du « Titre III de la loi de 1901 » sur les congrégations qui disposait que : « Aucune congrégation religieuse ne peut se former sans une autorisation donnée par une loi [...] » [ni] fonder aucun nouvel établissement qu’en vertu d’un décret rendu en Conseil d’État ». Et, en son art.14 : « Les membres d’une congrégation non autorisée sont interdits d’enseigner ou de diriger un établissement d’enseignement ». Émile Combes, farouche anticlérical, parvenu au pouvoir après la victoire du Bloc des gauches y veilla jalousement, ce qui devait entraîner l'expulsion des congrégations non autorisées à partir d'avril 1903. La République devenait enfin maîtresse de son école !

 

La loi de séparation du 9 décembre 1905.

 

En 1904, advient la rupture diplomatique avec un Vatican crispé et crispant. C'était le moment d'aller un peu plus loin et la Commission Buisson-Briand s'attela à la tâche pour finalement, après un rude combat parlementaire, déboucher sur la, maintenant célèbre, loi du 9 décembre 1905 qui dispose dans ces deux premiers articles :

- Article 1er : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. »
- Article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. […] » 

Que personne ne s'y trompe, il s'agit d'un progrès considérable. En effet, l'État se met à distance des ingérences et injonctions des églises, sans en aucune manière les persécuter ni prétendre leur dicter un corps de doctrine quelconque. Chacun chez soi !

Oh ! Bien sûr, le combat anticlérical pour la laïcité n'est pas terminé et ne le sera sans doute jamais, d'autant qu'un nouvel arrivant, l'islam, fait feu de tout bois, étant dans la phase prosélyte, donc violente et friande de martyres, la chose n'est pas à démontrer. Il ne faudra rien lâcher et se garder des égarements de ceux qui s'aveuglent au nom d'un anti-colonialisme qui date un peu.

 

C'est pourquoi des associations militantes comme l'Association des Libres Penseurs de France sont essentielles, car vigilantes et combatives. Mais il faut avant toute glose comprendre une chose basique : adjectiver la laïcité, comme prétendent le faire des gens comme Jean Baubérot qui en voit sept, en réalité et paradoxalement est non pas la renforcer, mais bel et bien l'affaiblir et en faire un objet improbable. Plus on fractionne un objet, plus on l'affaiblit. Et puis, ce que l'on qualifie pour le nuancer, on peut tout aussi bien le disqualifier. Tel est le véritable but des ennemis de la laïcité.

 

L'Association des Libres Penseurs de France, une association nationale populaire de recherche philosophique et d’action sociale

 

L'Association des Libres Penseurs de France (http://www.libre-penseur-adlpf.com/) est une association nationale populaire de recherche philosophique et d’action sociale. Elle affirme sa volonté de combattre tout ce qui tend à amoindrir, asservir ou pervertir l’individu, et défendre tous ceux qu’inspire ce même idéal, les droits et les libertés de l’Homme, la laïcité de l’École et de l’État, la justice sociale et la paix. Elle entend ne se donner, ni ne se laisser imposer d’autre limite à son action que le respect de la vérité objective et de la personne humaine.

 

Ferdinand Buisson, l'inspirateur.

 

Elle se réclame de la filiation de Ferdinand Buisson, ami de Jules Ferry, qui fut célèbre pour son combat en faveur d'un enseignement laïque à travers la Ligue de l'enseignement. Il est d'ailleurs l'inventeur du mot « laïcité ». Il devint Inspecteur général de l’instruction publique en 1878 et en 1890 il enseigna la pédagogie à la Sorbonne. Il fut dreyfusard et créa la Ligue française des droits de l’homme et la présida. Il participa activement à la rédaction du texte de la loi de 1905. Partisan de la Société des Nations, il œuvra pour la paix et reçut le prix Nobel de la paix qu'il dédia à ces « fils adoptifs », les instituteurs de France. Il défendit, contre les prétentions religieuses, la réalité d’une morale laïque.

 

Voilà ce qui anime les libres penseurs et, à l'exemple de Buisson, le combat pour la laïcité leur est un souci constant. Mais cela n'implique pas qu'on doive négliger les réalités du temps. La libre pensée doit être forte, expansive, hardie, curieuse de tout et vivante par dessus tout ; elle doit aller au-devant de toutes les forces laïques - mêmes celles qui s'ignorent -, républicaines, démocratiques et surtout au devant de la jeunesse. Les combats qu'elle mène dorénavant recouvrent tous les aspects d'un siècle en pleine mutation.

Le paradigme hérité des 19è et 20è siècles s'épuise, les avancées scientifiques remodèlent le monde. Dès aujourd'hui, nous faisons face au transhumanisme, à l'expansion des NTIC, aux possibles mauvaises manières, que le discours du Président Macron aux religieux nous fait craindre, s'agissant des lois sur la bioéthique. Faire face aussi à de multiples manipulations, d'autant plus délicates qu'elle couvrent des champs nouveaux réservés, selon eux, à des spécialistes méprisants du commun des mortels, jaloux de leur savoir et recroquevillés en de secrets laboratoires. Le libéralisme économique investit des milliards et les GAFAM monopolisent à leur profit les avancées scientifiques et, ce n'est pas accessoire, les moyens d'asservissement qui vont avec.

 

Un travail immense qu'on ne peut mener seul.

 

Le travail est immense, aussi il n'est plus temps de le consacrer exclusivement à un anticléricalisme bougon, comme d'aucuns le font encore. Préférons à la dénonciation, la réfutation, et au ricanement stérile, le combat philosophique. Le combat anticlérical reste certes important, mais il y a un paradigme nouveau, i.e. le diagnostic portant sur la dangerosité de la doctrine économique qui sévit sous le nom de libéralisme et fonctionne comme une authentique religion, avec ses mythes, ses canons, ses évangélistes, ses prédicateurs, ses commandements, ses conciles et ses héros, aveugles aux malheurs du monde, retranchés qu'ils sont derrière leur insupportable « Il n'y a pas d'alternative » (le TINA de Thatcher) qui n'est que le déni ultra-radical de démocratie. Ré-emparons-nous avec pugnacité, de l'observation attentive de la science, même s'il faut regretter que les scientifiques, autrefois si nombreux dans nos rangs, s'y soient raréfiés. La vie culturelle ne peut non plus nous laisser indifférents, prenons-y position résolument. L'un de nos camarades et amis, Gérard Delfau, l'a bien compris qui dirige une collection consacrée à la défense de la laïcité chez l'Harmattan. Pourquoi, in fine, laisser à d'autres le soin de s'emparer des grands thèmes qui agitent le monde ?

 

Pour toutes ces raisons, l'ADLPF, qui est l'association la plus en pointe dans ce combat sérieusement redéfini et actualisé, se tourne vers la jeunesse, mais pas seulement, évidemment, pour réveiller un combat détaché des compromissions partisanes, libre et souveraine dans ses propositions, ses opinions et les combats qu'elle entend mener. Je souhaite qu'elle soit entendue.

 

Orlando

 

 

1Nul ne peut être inquiété pour ses opinion, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.

2Que sais-je ? op. Cité p.93