L'esquive

L'esquive.

 

Le pape François à taillé sa plus belle plume pour écrire « au peuple de Dieu », suite à un rapport détaillant le vécu d’au moins mille personnes qui ont été victimes d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience, perpétrés par des prêtres pendant à peu près soixante-dix ans, en Pennsylvanie. « Bien qu’on puisse dire que la majorité des cas appartient au passé […] nous pouvons constater que les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités », écrit-il.

 

Personne ne s'étonnera du fait que François note au passage que c'est du passé ! Comme si ce scandale avait cessé. Il n'en est rien, hélas et chacun le sait, mais la nouveauté est que le Pape se fende de cette lettre réservée aux catholiques. Et pourquoi, « grand Dieu ! » ?

Je serais tenté d'y voir une esquive du genre billard à bandes multiples, à moins qu'il ne s'agisse d'un écran de fumée qui éviterait de s'attaquer véritablement au problème.

 

Dans un premier temps, il appelle toute la communauté catholique à se mobiliser pour « dénoncer tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne ». Voilà qui est bel et bon, mais qui pèche par omission. En effet, malgré des condamnations à répétition, François ne produit pas l'analyse qui s'impose. La majorité des catholiques est plutôt encline à défendre ses prêtres - je ne le leur reprocherai pas - mais elle fait une analyse biaisée du phénomène en avançant deux « explications » oiseuses : la première s'appuie sur le célibat qui serait mal vécu par certains – « Ce sont des hommes ! Bon sang !  Alors...» Alors et les bonnes-sœurs là-dedans ? La seconde est implicitement ou explicitement celle de l'homosexualité.

 

Pour la première, elle ne tient pas la route sinon le nombre de crimes sexuels, compte tenu du nombre de célibataires, de veufs non remariés etc., serait catastrophique. Quant à la seconde, elle est tout aussi fragile. L'homosexualité est une orientation sexuelle comme une autre qui, si on veut bien écarter le viol, se pratique entre personnes consentantes et partageant la même inclination.

 

La pédophilie n'a rien à voir avec ces deux « explications » : c'est une perversion qui passe par l'abus de faiblesse, de conscience et l'abus d'autorité, morale ou autre, d'une personne sur un enfant. Cela a à voir avec le viol et dans certains cas, dans le glauque des familles, avec l'inceste. Ce n'est pas une « orientation » lamba.

 

Le Pape devrait se pencher sérieusement là-dessus et analyser pour comprendre et contre-battre, plutôt que s'appuyer sur le sentiment commun, qui n'est pas nécessairement la vérité, et noyer un poisson par trop avarié.

 

Un peu de lucidité et de courage et tout le monde ne s'en porterait que mieux, à commencer par les malheureux enfants, victimes de ces pervers. Et peut-être l'Église ferait-elle face à ce fléau enfin avec efficacité ?

 

Orlando

22 août 2018